So aɗa namnɗo, namnɗo gannɗo. So a wuuri, namnɗo. So a namndiima, majjata

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Podor ou Duwayra Wuro Ndiack

Podor ou “Duwayra Wuro Ndiack”. Et si on revenait très vite et concisement sur l’origine de cette expression?

L’expression “Duwayra Wuro Ndiack” est un mélange de hassaniya et de Pulaar. Duwayra (forme mineure de Dëw) est traduite comme “chambrette” ou “petit village”. Wuro est du Pulaar et veut dire village.  Ndiack fait référence à Ndiack Ba, fils de Mokhtar Boubou Fatim Diop, chef de l’escale de Podor [Bir Podor] au milieu du 19e siècle. Ndiack était aussi le percepteur des taxes pour l’émir du Brakna Ahmedou Ould Sidy Ely (r.1818-1841) lors de la traite à l’escale de Podor. Il avait des attaches au Fuuta, apparenté à l’Ardo Mbantou, et à Saint-Louis [le futur tamsir de Saint-Louis Hamat Ndiaye Anne, 1809-1878 et l’interprète Bou el Mogdad Seck, 1826-1880, étant ses parents proches], en plus d’avoir des liens avec le Brakna, dont était issu une de ses épouses, Maimouna des Ahel Tanak.
L’intérieur du fort de Podor (en novembre 2017)
Les problèmes de Ndiack commencent en 1841 lorsque l’émir du Brakna meurt dans des circonstances extraordinaires. L’émir Ahmedou avait un frère Mohamed Sidi, qui était son héritier présomptif et semblait trop pressé de lui succéder.
Ahmedou avait un fils Sidi Ely (v.1838-1893), né de sa femme hartaniyya. Ahmedou se plaignait des présomptions de son « frère » Mohamed Sidy mais ne comptait rien faire. A la différence de Ndiack Mokhtar et de sa femme qui complotèrent contre Mohamed Sidy a l’insu d’Ahmedou.
Quand Mohamed Sidy arriva au camp de l’émir, il lui fut présenté une calebasse de lait en signe de bienvenue. Il est dit que pressentant un piégé, il demanda à son frère Ahmedou d’en boire d’abord. Ce que ce dernier fit ainsi que son frère utérin et fidèle lieutenant, Kradeuch/al-Kheddich.
Mohamed Sidy en but aussi. Mais tous les trois moururent quelques temps après, suscitant des rumeurs d’empoisonnement.
Il faut noter qu’il y’a deux versions sur la mort de l’émir Ahmedou et d’al-Kheddich et de Mohamed Sidi. Il y’a deux versions sur la mort de l’émir Ahmedou. Dans les deux ils sont empoisonnés par accident, mais le perpétrateur est différent. La version plus haut accuse Ndiack Mokhtar, et pourrait être liée au fait que le successeur d’Ahmeddou, Mokhtar Sidi, étaait un ennemi irréductible de Ndiack, qui était très influent et qu’il cherchait à évincer.
A la suite de ces décès, un cousin d’Ahmedou, Moctar Sidi fut proclamé émir. Sidi Ely, le fils d’Ahmedou était un enfant et n’avait aucune chance d’être émir à cet âge. Cette affaire fut catastrophique pour Ndiack qui méprisait Mokhtar Sidy et avec qui il ne s’entendait pas. L’autre version accuse implique toujours la femme mauresque [Leila Mint Rassoul, une Shrattit/Id Ou Aich]  qui n’arrivait pas à enfanter et viserait l’enfant Sidi Ely (v.1838-1892; r.1858-1892), fils de Ahmeddou et sa femme hartaniyya, pour se venger de l’attitude condescendante de sa co-épouse à son égard. L’émir Ahmeddou et ses commensaux auraient bu la calebasse de lait par accident, toujours dans cette version.
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Ndiack Mokhtar était malin. Il avait des connexions avec la colonie de Saint-Louis, sur qui Mokhtar Sidy comptait pour entretenir sa clientèle. Et malgré l’enturbannement de Mokhtar Sidy, Ndiack était toujours en dissidence, soutenant Sidi Ely l’enfant.
Mokhtar Sidy le démit comme ministre-percepteur et fit nommer à sa place, le propre frère de Ndiack, Abdoulaye Mokhtar Boubou. Ndiack Mokhtar en effet, était en froid avec ses demi-frères paternels [Birahim et Abdoulaye], et ses dissensions devaient lui coûter cher à terme; mais pas en 1844.  Ce fut le début de la guerre. “Mokhtar Sidy bakk na Njak, té Njak ñew na”
Ndiack ne se laissa pas mener. Il se déclara contre l’émir et réunit tous les mécontents autour de Mohamed Rajel (r.1842-51), neveu de Mohamed Sidi, “sans préjudice pour Sidy Ely, fils d’Ahmedou (1818-1841) lorsqu’il sera adulte”.
Ndiack finança cette rébellion et eut l’appui de Mohamed El Habib, l’influent émir du Trarza (1827-1860)
Deux frères de Ahmedou, Bakar et El-Hiba soutenaient Mohamed Sidi cependant. Ils demandèrent de l’appui à l’Almaami du Fuuta Mamadou Birane Wane, qui envoya des troupes. Mais les partisans de Mohamed Rajel et de Ndiack avaient attaqué Mohamed Sidi bien avant
Lorsqu’el Hiba et Bakar arrivèrent avec les Fuutankoobe, ils furent attaqués eux aussi et vaincus. Bakr fut tué, el-Hiba s’enfuit au Fuuta avec les troupes de l’Almaami.
Ndiack réussit un coup de maître en 1844. Travaillant Caille, administrateur de Saint-Louis, il le convainquit que les intérêts français seraient mieux servis avec Mohamed Rajel qu’avec Mohamed Sidy. Lors de la saison de la traite en 1844, ils firent enlever l’émir Mohamed Sidy et son percepteur Abdoulaye Mokhtar Boubou, le frère de Ndiack. Les deux furent amenés à Saint-Louis et déportés au Gabon où ils moururent
C’est le début des internements au Gabon/Congo des récalcitrants à l’autorité française. Mokhtar Sidy, Abdoulaye et deux autres y furent déportés. Quelque temps après, Mokhtar Sidi et ses compagnons purent s’échapper du fort d’Aumale au Gabon, avec les gardes noirs. Mais ils étaient complètement perdus au Gabon et durent retourner au fort, face à l’hostilité des populations locales, avec qui ils ne pouvaient même pas communiquer. Il est dit que Mohamed Sidi devint marabout au bagne et y mourut des décennies après.
Mohamed Rajel régna tranquillement avec Ndiack Mokhtar à ses côtés. En 1848, il fut impliqué dans des querelles avec le Trarza et le Fuuta, suscité par Ahmed Leigat, frère aîné de Mohamed Habib, émir du Trarza, et dont la femme était une soeur de l’émir empoisonné Ahmedou [1818-1841].
Mohamed Rajel cherchait aussi à se débarrasser du jeune Sidi Ely qui grandissait et qui avait une prétention forte à l’émirat. À cette fin, il s’allie avec Mohamed Habib pour attaquer les Ould Seyyid ses propres parents, défenseurs de Sidi Ely
Quand Mohamed El Habib retourna au Trarza, après l’arrivée des avisos français, Mohamed Rajel fut dans une position catastrophique. Il avait lâché ses alliés et attaqué ses parents pour se débarrasser d’un rival enfant.
Il fut déposé et remplacé par son cousin Mohamed Sidi (r.1851-1858). Mohamed Sidi aussi n’aimait nullement Ndiack pour le rôle qu’il avait joué dans la déportation de son oncle Mokhtar Sidi au Gabon
Ndiack, malin comme tout, fit courir le bruit qu’il savait où se trouvait enfoui, le trésor de l’émir Ahmedou (1818-1841), et qu’il ne le dirait au nouvel émir que si celui-ci lui garantissait sa vie, ses biens et sa position.
Ayant reçu cette information, l’émir Mohamed Sidi se demanda si l’amour de son oncle était supérieur à l’amour pour la richesse d’Ahmedou. Il sursit à sa décision de trucider Ndiack Mokhtar, malgré les protestations des demi-frères de celui-ci, Birahim et Mohamba.
Voyant que Mohamed Sidi trainait, Birahim frère de Ndiack prit les choses en main, avec ses neveux. Abdoulaye, neveu de Ndiack, prêt dit abandonner le parti de Birahim Mokhtar Boubou, et se rendit auprès de Ndiack lui demandant pardon pour tous ses outrages
Pour gagner sa confiance, il lui fit part des complots de Birahim et de son projet de l’assassiner (tout en prétendant ne pas faire partie du complot)
Comme Ndiack était Fuutanke, Birahim craignit que s’il était assassiné au Fuuta, les habitants feraient peu de quartier des conjurés. Mais Ndiack avait beaucoup d’ennemis. Beaucoup beaucoup d’ennemis. Et certains chefs du Fuuta promirent de fermer les yeux.
En 1854, Ndiack était à Donaye et avait envoyé son neveu Abdoulaye, faussement rallié, à Guede pour percevoir son argent.
Celui-ci sachant l’avarice de son oncle, fit traîner la commission. Son projet était de l’assassiner sur la rive gauche et de fuire à Dialmatch, demander l’asile. Quand Abdoulaye ne revint pas prestement, Ndiack se dirigea à Guédé pour voir ce qui se passe.
Tout était correct. L’argent était bien collecté. Il ne manquait pas un rond. Mais le projet funeste était en branle
Le lendemain sur la route entre Guede et Donaye, Ndiack et Abdoulaye étaient à cheval. En signe de déférence, Abdoulaye trottait à trois foulées derrière son oncle. Au niveau du marigot de Kotala, Abdoulaye tira à bout portant dans le dos de Ndiack, le tuant instantanément.
L’assassin manquait de bol car des cavaliers Fuutankoobe avaient vu la scène. L’un d’eux le poursuivit au galop dans sa fuite en passant le rattrapa. Abdoulaye pour se disculper lui dit. “Ce que j’ai fait ne vous regarde pas. Il est vrai que je viens de tuer Ndiack mais c’est pour venger ma famille. Laissez-moi continuer mon chemin: il vous en coûterait de vous mêler de nos affaires”. Le cavalier le laissa alors et la troupe transporta le corps à Podor.
Quand il apprit la mort de Ndiack, l’émir Mohamed Sidi (r.1851-1858) entra dans une grande colère, car il n’avait pas le tresor d’Ahmedou que Ndiack avait promis. Il fit nommer Hamet Ndiack, fils de l’assassiné comme percepteur, espérant qu’il saurait le secret du trésor.
Quand il se rendit compte que Hamet n’avait aucune idée d’où se trouvait le trésor, il le déposa prestement et le fit remplacer par Birahim Mokhtar Boubou, demi-frère et commanditaire de l’assassinat.
Hamet Ndiack Mokhtar ne fut rétabli comme percepteur de l’escale qu’avec l’avènement de Sidi Ely Ould Ahmedou (r.1858-1892) qui fit assassiner l’émir du Brakna Mohamed Sidi (r.1851-1858) en 1858, prétendant se soumettre à son autorité, avant de marier sa veuve Garmi, alors enceinte, et mère de son fils et hériter Ahmedou ould Sidi Ely [v.1860-192?], le dernier émir du Brakna indépendant [1893-1903]
Voilà le Ndiack derrière l’expression “Duwayra Wuro Ndiack” pour prler de Podor. Chef d’escale, ministre-percepteur, et homme politique avisé, tissant des alliances avec le Brakna, le Walo, Saint-Louis et le Fuuta. Ndiack était plus grand que nature.

Quelques notes sur la descendance de Ndiack Mokhtar Bouba

Ndiack Mokhtar Ba Boubou Fatim Diop est mort en 1854. Il avait laissé trois enfants au moins:

  • Son fils Hamet Ndiack fut ministre-percepteur à Podor comme son père pour l’émir du #Brakna Sidi Ely Ould Ahmedou Ould Sidy Ely, durant la seconde moitié du 19e siècle.
  • L’une de ses filles Léna Ndiack fut mariée au jaggorgal du Bossea et minister-électeur Bokar Ali Doundou Kane de Dabia Odeeji. De cette union fut issu Cheikhou Oumar, qui vécut à Podor, et qui fut tué a la bataille de Petogne (1869) opposant le Tooro aux Mahdiyankoobe.
  • Mbowba Ndiack était une autre fille de Ndiack, et fut sans doute la plus remarquable. Elle fut mariée en premières noces à son cousin Abdoul Djiby Sall, fils du Lam Tooro Djiby Samba Sall/Djiby Mborika [Ba] Fatim Boubou (m.1855).
    • De cette union sont nés les futurs Lam Tooro Mamadou Mbowba/Mamadou Abdoul Djiby (v.1850-1882; r.1878-1881) et Sidi Mbowba/Sidi Abdoul Djiby (v.1852-?; r.1889-1890). Mbowba était décrite comme l’éminence grise de ses deux fils.
    • A la mort d’Abdoul Djiby, Mbowba Ndiack se remaria avec Élimane Thioffi Ibrahim Racine Kane, de qui elle eut Buubakar Ibrahim Kane, mieux connu par la postérité comme Elimane Abou Kane (1859-1917), chef du canton des Seloobe.
    • Ibrahim Racine fut tué a la bataille de Petogne en septembre 1869, par les Mahdiyankoobe. Outre Ibrahim Racine et Cheikh Oumar Bokar Ali Doundou, Elimane Diatar, le frère d’Elimane Souyouma et le chef de Ngawle moururent aussi durant cette bataille.
    • Elimane Abou et ses demi-frères aînés, Mamadou Mbowba et Sidi Mbowba étaient à l’école des otages de Saint-Louis durant cette période. Elimane Abou sera Interprete, chef de canton, et fondera Dar El Barka  en Mauritanie (appelé aussi Wuro Elimane) en Mauritanie dans les années 1890.
    • Après la mort d’Elimane Thioffi, Mbowba se remaria avec le nouveau Lam Toro Samba Oum Hani (r.1869-1878, mais autoproclamé des 1864), revenu de Nioro et du Jihad omarien.
    • Ses dernières noces furent avec Ibra Almaami (m.1894) bës du Laaw, et fils de l’Almaami Mamadou Birane (m.1866). Mbowba était forte et influente. Accusée d’avoir empoisonné les rivaux de ses fils et d’être le pouvoir derrière eux, par les commandants de Podor. Elle fut assignée à Podor avec son fils Elimane Abou par les français en 1890. Accusés d’être une influence néfaste sur son fils le Lam Toro Sidi Abdoul Djiby, qui lui, résidait à Guede.
    • Elimane Abou eut plusieurs fils dont Mame Ndiack Kane Elimane Abou (1894-1976), chef de canton du Tooro-Halaybe, sur la rive mauritanienne. Mame Ndiack est bien sûr l’homonyme de son trisaïeul Ndiack Mokhtar Boubou (m.1854)

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Bonus pour la lecture: Douwayra de Baaba Maal, natif de Podor,

Pour aller plus loin

  • Frédéric Carrère et Paul Holle. 1855. « De la Sénégambie française ». (Paris: Firmin Didot, Frères et Fils).
  • Paul Marty. 1917. Études sur l’Islam et les tribus maures: les Braknas (Paris: Ernest Leroux)
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Une réponse à “Podor ou Duwayra Wuro Ndiack”

  1. Récit très intéressant, fournissant de précieuses informations qui permettent de mieux saisir la trame de cette histoire mouvementée du Fouta. Une relecture avant publication permettrait cependant d’éviter les coquilles et redites qui émaillennt le texte par endroits

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