So aɗa namnɗo, namnɗo gannɗo. So a wuuri, namnɗo. So a namndiima, majjata

Tulde Dimat: petite histoire d’une province du Fuuta-Tooro

S’il est généralement admis que le Fouta-Tooro sous la période almamale (1776-1890) comptait au moins 8 provinces, le Dimar ou encore Dimat était celle qui était la plus occidentale, bordant le royaume wolof du Waalo à l’ouest, la province du Tooro dont elle s’est émancipée sous le régime des clercs, à l’est, les émirats maures du Trarza et du Brakna au nord, et le Jolof au sud. Le Dimat fait partie du Hiirnaange Fuuta (le Fouta occidental) avec les provinces du Tooro et du Laaw, et son histoire politique est intimement liée à celle d’Elimane Buubakar Kane et de ses descendants, qui vont supplanter l’Ardo Wodaabe et le Botool Sowonaabe, qui en étaient les membres les plus prééminents sous les Denyankoobe (1512-1776). Le Dimar historique est à cheval entre le Sénégal et la Mauritanie actuelle, et correspond plus ou moins, aux arrondissements de Thille-Boubakar (département de Podor, Senegal), et aux moughataas de Rkiz et de Tékane (département de Rosso, Mauritanie)

Castes et stratification sociale au Fuuta Tooro (Mauritanie/Sénégal) – Almuube Fuuta
Le Dimar dans le Fouta-Toro
LES FRANÇAIS ET LE DIMAT

“Frontalier au royaume wolof du Waalo et la province du Fouta, ce territoire occidental a émergé comme une province du Fouta pas plus tôt qu’au 18e siècle, lorsque l’Almaami Abdul Qadiri a favorisé une colonie de marabouts à s’installer sur la rive gauche du fleuve Sénégal. Dû à leur savoir islamique et à leurs attaches avec l’Almaami, les Kanhanɓe de Dimat ont aisément gagné la préséance sur les populations fulbe et wolof, et leur Elimaan [Elimaan Dimbat Boubakar Kane], qui a joué un rôle dans la révolution de 1776 devint rapidement le porte-drapeau des douze villages dirigés par leur lignée, s’étalant de Dagana à l’ouest, à Ndiayene-Pendao et Loboudou à l’est. Ils ont conservé leur identité et exprimé leur prépondérance en appliquant le nom du village de leur imam «Jalmacc», à toute leur province [avant le terme Dimat, il est dit que cette région était désignée par le terme « Hoore Fowru », la ‘tête de la hyène” avec les Fulbe Ururbe et Wodaabe à sa tête, et les enclaves occidentales wolof à Gaya et à Bokhol]. De toutes les provinces de Fuuta, Dimat est celle qui a infligé le plus grand dommage sur le commerce fluvial de Saint-Louis. Un récit de 1858 narre ceci:

Maitres des berges du fleuve Senegal à un endroit appelé Cacho, où la plaine inondable se rétrécit entre les hautes et touffues rives, les Touculeur de Dimar sont rests depuis longtemps la terreur des marins sénégalais qui ont à passer par ce passage… Les gens de Saint-Louis encore aujourd’hui, parlent toujours avec chagrin et ressentiment des innombrables pertes à la fois en vies et en biens que leur ont fait subir les habitants de Dimar, dans ces vieux jours.

Cependant à plusieurs moments, les Français étaient intéressés à entretenir des relations avec le Dimat, notamment pendant la période des programmes de colonisation agricole des années 1820. D’où la longue période d’hostilité interrompue par des moments d’accalmie sous le règne d’Elimaan Buubakar Kane (fin 18e-milieu 19e siècles). Le ton a été donné en traitant séparément le Dimat du Fouta-Toro lorsque en 1843, les Français signent un traité dans lequel ils acceptent d’accorder des “coutumes” séparées au Dimat. En 1849, après une longue période de pillage par les habitants de Dimat, les Français lancèrent une expédition réussie contre la province.La mort d’Elimaan Buubakar en 1851 et l’avènement de son fils Elimaan Saidou Buubakar a coïncidé avec la volonté française de neutraliser le Dimat sur une base permanente. 

Destruction de Cas-Cas par Edouard-Auguste Nousveaux

En 1854, le gouverneur Protet, frustré par les pourparlers infructueux sur le terrain pour la construction d’un fort à Podor, s’appuie sur l’assasinat d’un traitant français pour lancer une expédition. Faisant d’une pierre deux coups, il occupa Podor et détruit Dialmath, la capitale de Dimat qui avait jusque-là joui d’une réputation d’imprégnabilité. La sympathie persistante d’Elimaan Saidou envers El Hadj Oumar et les Maures Trarza de Mohamed el-Habib conduit Faidherbe conduit Faidherbe à détruire le village de Bokhol et d’autoriser les canonnades contre les villages de la province en 1855. Il a ensuite forcé Elimaan Saidou à demander la paix et plus tard, avant de le faire arrêter avec plusieurs notables et de nommer son cousin Abdul Booli Kane comme nouvel Elimane. En gage d’allégeance, le nouvel Elimaan signe avec le nouveau gouverneur un “traité de protectorat” le 18 juin 1858, consacrant la séparation de Dimat avec le reste du Fouta (article 1) et la “liberté” du commerce et l’abolition des “droits de coutumes” (article 3).Pendant ce temps, de nombreux notables avaient émigré vers la rive nord, en protestation contre la nomination d’Abdoul Booli par les Français. L’Elimane renversé, Saidou Boubakar, a continué de Dialmath, à susciter et exploiter les sentiments anti-français, surtout parmi les jeunes. Un an plus tard, Abdul Booli était si incapable à défendre les intérêts français et diriger la province qu’en juin 1859, le commandant français Faron reçut l’ordre de débarquer à Risga sur son chemin du retour du camp de Siidi Eli [emir du Brakna entre 1858 et 1890] et d’enlever Elimaan Saidou et de l’emmener de force à Saint-Louis. Après l’arrestation et la déportation d’Elimaan Saidou, son fils Mamadou Daadaa Kane, apparemment de mèche avec la population, assassiné son oncle [l’Elimane pro-français Abdoul Booli Kane]. Faidherbe réagit promptement à l’incident en annexant le Dimat au territoire français, et en déportant soixante à soixante-dix personnes notables de Dialmath et en imposant une amende collective de 100 gros (13 onces) d’or et 100 bovins, et demandant l’arrestation de l’assassin [Celui-ci s’était réfugié à Horéfondé auprès de l’Almaami Moustapha Ba qui embarrassé par ces développements, l’envoya dans la zwaya de Cheikh Sidya el-Kebir qui négociera sa reddition sous réserve qu’il fut épargné. Il fut déporté au Gabonoù il demeura 25 ans. Elimane Mamadou Daada Kane s’était marié avec une femme chrétienne durant son exil, et s’était francisé à son retour au pays en 1883, amenant les Dimatnaabe à l’appeler « Joom Geppungal », le porteur de pantalons (et non de caaya sous-entendu). Après son bref règne, il fonda le village de Dar-es-Salam]. Pour s’assurer que le successeur serait également bien disposé envers les intérêts français, le gouverneur Faidherbe fait nommer Elimane, Jaalo Hammoodu Kane, frère du dirigeant tué, tout l’or imposé aux habitants. Mais, encore une fois, la situation générale dans la province et le Fuuta Tooro en général, n’a pas évolué vers un règlement durable avec le français. Les habitants de Dimat devenaient de plus en plus irrités de la perte de leur souveraineté face à la colonie. En avril 1863, sous l’impulsion de certains chefs, notamment Ardo Nannga et Elimaan Penndaaw Saidou Kane, ils refusèrent de payer les impôts. Le gouverneur Faidherbe dépêcha immédiatement une expédition de 450 hommes sous le commandement du lieutenant Flize, directeur des Affaires extérieures, qui a contraint Elimaan Penndaaw et Ardo Nannga à se soumettre, et a collecté un total de 200 francs d’impôts et 30 moutons taxés aux Fulbe Baraykaati, en outre de la prise de douze outages.

Elimaan Canngaay Mamadou, un religieux qui s’est fermement opposé au protectorat et a été soupçonné d’être le cerveau de la rébellion fiscale, a également été arrêté et déporté sur l’île de Gorée, dans l’ouest du Sénégal.Après qu’Elimaan Jaalo eut lui-même affiché des sentiments et attitudes anti-français en 1862, les Français décident de ne pas nommer un nouveau chef pour Dimat [Elimane Jaalo s’était rallié à l’Almaami oumarien Ahmadou Demba Lih, renouvelant son allégeance, et lui remettant le manteau et le drapeau que lui avaient remis Faidherbe à sa nomination. Il participa en outre aux combats de Loumbel en 1862 aux côtés de l’Almaami, contre les troupes de Jauréguiberry]. Au lieu de cela, chaque village est devenu « autonome » jusqu’en 1883 lorsque le gouverneur Servatius a nommé Mammadu Daadaa Kane, fils du dernier Elimane indépendant, Saidou Boubacar Kane, à son retour de déportation du Gabon, chef de toute la province; deux ans plus tard, ce dernier était dépossédé et les villages sont revenus à nouveau au statut d’ « autonomie» sous la supervision nominale des chefs du Waalo, jusqu’en 1891.

Ce que révèle le panorama des relations France-Dimat, c’est que cette province a en effet porté le poids de l’expansion française au Fuuta Tooro. Plus proche de Saint-Louis et de Dagana et facilement accessible aux canonnières françaises, Dimat était souvent puni à la fois pour ses crimes et pour ceux des Almaami. Par conséquent, l’établissement de relations avec Saint-Louis pourrait à ses yeux assurer la paix ainsi que permettre une base pour l’autonomie politiques vis-à-vis du pouvoir central. La province n’a pas tardé à réaliser les objectifs français, et cela explique les hésitations entre le devoir d’allégeance au Fouta et le désir de paix avec Saint-Louis. Bien que les Français aient peu réussi dans le Dimat, n’ayant pas réussi à obtenir chez la classe dirigeante une position totalement pro-française, les conséquences pour la province était néanmoins formidable. Tout d’abord, en construisant un fort à Dagana et plus tard à Fanay, une bourgade au coeur de la province, les Français avaient atteint un objectif majeur, la capacité d’utiliser la province comme observatoire à partir duquel ils pourraient suivre de près la situation dans le Fouta Tooro, et intervenir quand et si besoin. Deuxièmement, en déposant et en expulsant Elimaan Saidou Boubacar Kane, un processus a été lancé qui conduirait à l’assassinat d’Abdul Booli et pendant un certain temps, un désarroi total au sein de la lignée dirigeante. Troisièmement, les Français ont appris à travers le temps, à ne pas faire confiance aux Kahanɓe et cela a conduit à l’autonomie des villages, à la rupture du lien ombilical avec le Fuuta et la jonction du Dimat avec le Waalo. Sous cette forme, le Dimat a été une zone de test pour les Français qui reproduiraient ces politiques plus tard – diviser les lignées dirigeantes, déposer et expulser, accorder l’autonomie à des villages isolés et imposer des chefs « exogènes » sur des régions et des populations particulières, et reconstituer des unités politiques traditionnellement séparées – plus tard dans les autres provinces du Fuuta Tooro”

 

Source: Mouhamed Moustapha Kane (1987). A history of Fuuta Tooro, 1890s-1920s: Senegal under colonial rule. The protectorate. (Volumes I and II) (Thèse de doctorat: Université du Michigan)

Recto du traité de paix signé entre Faidherbe et Abdoul Boly, Elimane Dimat, sur le statut de Dimar (18 juin 1858)
Verso du traité de paix sur le statut du Dimar (18 juin 1858)
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4 réponses à “Tulde Dimat: petite histoire d’une province du Fuuta-Tooro”

  1. Je vous remercie pour cet article, étant originaire de Thillé Boubacar je voudrais savoir est-ce le Dimat existait durant la dynastie des Deniyanké et quelle été la capitale de cette province ? Si vous avez des sources pour me répondre dessus.
    J’ai lu l’ouvrage de Ibrahim Mamadou Ba intitulé “De l’origine des Fulbés (Peuls) à l’Empire Satigui.” Je n’ai pas vu cela mentionné. J’aimerais donc savoir si vous pouvez m’apporter une réponse.

    • Bonjour M. Ba,
      Merci pour votre commentaire. En effet, il semble que le Dimat s’est réellement constitué comme province avec la révolution toroodo lorsque les Kanhanbe sous la férule de Elimane Dimat ont traversé le fleuve, et se sont constitués en autorité politique indépendante de l’Ardo Wodaabe et du Lam-Toro. Le livre de Mamadou Youry Sall, “La Vallée du fleuve Sénégal dans le jeu des échelles politiques, Le Dimar aux 18e et 19e siècles (L’Harmattan: Paris 2018)” revient exhaustivement sur ces évènements et la formation de la province.

  2. Mamadou Oury Sall n’est pas l’auteur de cet ouvrage ” La vallée du Sénégal….”. L’auteur est Mamoudou Sy qui enseigne à ‘Universite d’Ibrahim à mais qui est basé à Kaffrine.
    Le Dimar faisait partie du Toro mais s’est émancipé sous la période des almaalis.

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